Initiation

Histoire de l’art

A propos d'André Butzer

André Butzer, Obstgarten Edvard Munch, 2006

André Butzer, Obstgarten Edvard Munch, 2006

Un peintre néo-expressionniste à Berlin, au XXIème siècle

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« Comme ses aînés allemands de Jorg Immendorff à Werner Büttner, tous tenants de la Bad Painting, expressionnistes et punks, André Butzer ne se prive pas de déployer à son tour une peinture gueularde. Sauf que la sienne fait écho à la contestation altermondialiste en visant non plus les affres du passé nazi de l’Allemagne ou le traumatisme du mur de Berlin, mais bien le nouvel esprit du capitalisme, l’omnipotence des logos et de la massification de l’industrie du divertissement. » 1

Dans l’Allemagne des années 2000, on retrouve l’héritage de l’expressionnisme du début du XXème siècle, et du néo-expressionnisme des années 1980, à travers les œuvres de jeunes artistes allemands tels qu’André Butzer, que l’on peut qualifier de peintre néo-expressionniste ou dans le contexte allemand de nouveau fauve. L’œuvre d’André Butzer est à replacer dans le cadre d’un retour de la peinture au XXIème siècle, d’une mouvance expressionniste et d’un genre de satire sociale mêlant le grotesque et l’ironie. En effet comme le démontre l’ouvrage L’expressionnisme contemporain 2 à propos de la France, on peut aujourd’hui parler d’une mouvance expressionniste au niveau international.

Le mouvement expressionniste européen et plus particulièrement allemand du début du XXème siècle, annoncé notamment par la célèbre œuvre de l’artiste norvégien Edvard Munch, Le Cri, et développé par les groupes d’artistes de Die Brucke et de Der Blaue Reiter a profondément marqué l’histoire de l’art et l’histoire. L’essentiel apport de l’expressionnisme est d’avoir placé la vision intérieure de l’artiste au centre de l’œuvre, et non plus la copie de la réalité, comme c’était le cas auparavant. Les expressionnistes allemands, influencés par Munch, Van Gogh et Gauguin, ont mis au premier plan la subjectivité, l’émotion et le vécu de l’artiste deviennent le sujet du tableau. L’apparition et la démocratisation de la photographie ont également participé à libérer les artistes de la nécessité de reproduire à l’identique la réalité visible. Affranchis de cet impératif de copie du visible, les artistes peuvent ainsi laisser libre court à leur imagination, ce qui a entraîné une révolution dans l’art tant sur le fond que sur la forme.

 Cette révolution se fait au début du XXème siècle avec l’apparition des avant-gardes  artistiques, l’expressionnisme allemand étant considéré comme une des premières avant-gardes de la modernité. Quasiment à cette même période, d’autres avant-gardes majeures émergent, telles que le cubisme, le futurisme italien, le suprématisme russe, qui seront suivis plus tard par le surréalisme et le dadaïsme. La spécificité de l’expressionnisme allemand  et les bouleversements formels qu’il a entraîné se trouve dans la place centrale accordée aux émotions de l’artiste et leur rendu expressif dans la violence des formes et des couleurs. Die Brucke conservera un mode figuratif, quant à Der Blaue Reiter il amènera l’art vers l’abstraction, autre grand bouleversement artistique au XXème siècle.

André Butzer, Heinrich Himmler, 2006On retrouve à la fin du XXème siècle, un courant néo-expressionniste (qualifié aussi de nouveau fauvisme) en Allemagne, avec des figures telles que les peintres Jorg Immendorff et Werner Büttner, qui va également influencer le peintre André Butzer. Depuis les années 1990 jusqu’à aujourd’hui, André Butzer développe une peinture très inspirée par Edvard Munch, qu’il cite souvent dans son œuvre, l’expressionnisme des années 1910 à 1930 et le néo-expressionnisme des années 1980 auxquels il se réfère également. Depuis l’expressionnisme du début du XXème siècle, art engagé dans le mouvement social, attaqué par les Nazis, au néo-expressionnisme des années 1980 dans une Allemagne de la guerre froide, l’héritage de ce mouvement persiste dans l’Allemagne de l’après chute du mur de Berlin en 1989.

André Butzer, né en 1973 à Stuttgart, est un « enfant de la guerre froide », son œuvre débute dans les années 1990 après la chute du mur de Berlin (1989), et se poursuit dans une Allemagne réunifiée et désenchantée, en proie à « l’Ostalgie »3 comme en témoigne le film à grand succès Good Bye Lenin, (film allemand de Wolfgang Becker, 2003) mais également critique à l’égard de l’ancien régime policier de l’Allemagne de l’Est, comme le met en scène le film La Vie des Autres (film allemand, sorti en 2006, écrit et réalisé par Florian Henckel von Donnersmarck). Il s’agirait plus d’un climat de désillusion par rapport aux promesses d’abondance du capitalisme dans une Allemagne réunifiée, que d’une réelle nostalgie d’un ancien état policier est-allemand. La crise économique et sociale des années 1990 à nos jours met fin aux illusions des années 1980 sur le capitalisme. Le rêve de richesse pour tous s’écroule et la crise apparaît. C’est dans ce désenchantement social que se constitue l’œuvre d’André Butzer, souvent qualifiée par les critiques d’art de peinture néo-expressionniste, ou de nouveau fauvisme. Dans le Berlin de l’après chute du mur, dans les années 1990 une nouvelle expression artistique se met en place, dans un climat de créativité libérée par la fin du régime autoritaire de l’ancienne République Démocratique Allemande d’Erich Honecker.

  • 1. Judicaël Lavrador, Qu’est-ce que la peinture aujourd’hui ?, Paris, 2008, p. 66
  • 2. L’expressionnisme contemporain, sous la direction d'Antoine Campo, Paris, 2011.
  • 3. L'Ostalgie, die Ostalgie en allemand, est formée par les mots Ost (Est) et Nostalgie. L’Ostalgie se définit comme un rappel des éléments de la vie quotidienne en ancienne République démocratique allemande (RDA). L’Ostalgie est un phénomène important dans l’Allemagne réunifiée, du fait de la perte d’identité ressentie par les anciens citoyens de la RDA, néanmoins il faut préciser qu’il ne s’agit pas pour autant d’une réelle nostalgie à l’égard de l’ancien état est-allemand, qui était effectivement une dictature policière avec sa tristement célèbre police politique, la Stasi. Il s’agirait plus d’un désenchantement des allemands à l’égard des promesses du capitalisme, au vu notamment des dégâts occasionnés dans le service public (logement, travail, santé, éducation) que l’ancienne RDA assurait, par ce passage brutal à l’économie de marché.